Santé mentale : pression scolaire, réseaux sociaux, solitude… Un tiers des jeunes présentent des symptômes anxieux ou dépressifs, selon une étude

Alors que des milliers de lycéens manifestent et critiquent l’outil de sélection Parcoursup, les nouveaux résultats de l’étude Mentalo, menée par l’Inserm, dressent un constat préoccupant : le bien-être des jeunes se dégrade, particulièrement chez les filles.
«Parlons santé mentale !». Ce mot d’ordre, lancé par le gouvernement en 2025, parait presque désuet. Après deux années à faire de cette question une «Grande cause nationale», le constat est en effet tout autre.
A l’heure où la mobilisation lycéenne ne faiblit pas, une étude baptisée Mentalo, menée par des chercheurs de l’Inserm et l’université Paris Cité, alerte ce jeudi sur le mal-être des jeunes. Un tiers des participants présente un risque de détresse psychologique et des signes de fragilité anxio-dépressive.
Le lycée, réceptacle du mal-être
Un résultat qui confirme la persistance d’un malaise déjà observé ces dernières années. «Ça fait quelque temps qu’on le dit. C’est une évolution avec l’âge. Plus ils grandissent, plus on s’aperçoit qu’il y a une diminution du bien-être et une augmentation de l’anxiété et de la dépression», analyse pour CNEWS la professeure Karine Chevreul, directrice du projet Mentalo et professeure de santé publique.
Car derrière les moyennes nationales, les écarts sautent aux yeux. Si 60% des garçons déclarent se sentir bien ou très bien mentalement, cette proportion tombe à seulement 40% chez les filles. Surtout, les chercheurs identifient un moment charnière : l’entrée au lycée.
«Le lycée est un virage pour la santé mentale. Pour les filles, c’est à cette période que l’on remarque un pic d’anxiété», abonde la professeure. En effet, près de deux tiers des collégiens disent aller bien (63%) voire très bien, quand ce chiffre est réduit à la moitié pour les lycéens (50%) puis diminue encore graduellement chez les jeunes adultes.
La pression scolaire en première ligne
Mais pourquoi les jeunes vont-ils moins bien ? Les réponses recueillies par les chercheurs sont sans équivoque. Lorsque les participants identifient les raisons de l’évolution de leur état psychologique, la scolarité arrive très largement en tête.
Un événement lié à l’école (pronote, parcoursup, amis, relation amoureuse) ou aux études est cité dans 34% des cas, et même dans plus d’un cas sur deux lorsqu’il s’agit d’une dégradation de la santé mentale. Pire, pas moins de 87% des jeunes interrogés disent ressentir une pression à la réussite.
«On est comme en compétition tout le temps», estime-t-elle. Elle cite notamment Pronote, qui permet aux élèves et à leurs parents de suivre les notes quasiment en temps réel. « Avant, les élèves avaient un bulletin trimestriel. Maintenant, dès que vous avez une note, vous êtes au courant et vous avez votre position par rapport à l’ensemble du groupe».
L’utilisation des écrans constitue l’autre grand enseignement de cette nouvelle édition de Mentalo. Les chercheurs observent une relation directe entre le temps passé devant les écrans et la détresse psychologique : plus l’exposition augmente, plus la santé mentale se dégrade. Chez ceux qui passent au moins sept heures par jour sur leurs écrans hors travail scolaire, le risque de détresse est 2,5 fois supérieur à celui des plus faibles utilisateurs.
«Avec les réseaux sociaux, les jeunes se comparent constamment et ont bien souvent une mauvaise estime d’eux-mêmes. C’est une distorsion de la norme», nous explique la Pr Karine Chevreul, ajoutant que les jeunes qui se considèrent dépendants aux réseaux sociaux voient leur risque de détresse psychologique augmenter d’environ 50%.
La solitude, un puissant accélérateur
Autre facteur fortement associé à une mauvaise santé mentale : la solitude. Près de 40% des jeunes interrogés déclarent se sentir seuls. Or, selon les chercheurs, ce sentiment est associé à un risque de détresse psychologique jusqu’à trois fois plus élevé.
«Est-ce que c’est parce que les jeunes vont mal qu’ils se sentent plus seuls, ou est-ce parce qu’ils se sentent seuls qu’ils vont mal ? On ne sait pas toujours très bien qui de la poule ou de l’œuf intervient en premier… Ce dont nous sommes sûrs, c’est que la solitude est corrélée à une dégradation de l’état de santé mentale», poursuit Karine Chevreul.
Pour autant, les écrans ne sont pas systématiquement des ennemis. «Je me sens seul, ce n’est pas la même chose que je suis seul et isolé. On constate que ceux qui ne se sentent pas seuls sont deux fois moins nombreux à regarder les écrans plus de cinq heures par jour. Mais tout n’est pas à jeter, au contraire. Tout dépend de l’usage que l’on fait des écrans, du temps consacré et du moment de l’usage».
L’étude confirme cette nuance. Contrairement aux réseaux sociaux, les jeux vidéo apparaissent comme protecteurs de cette santé mentale. Les chercheurs constatent même que les jeunes se déclarant dépendants aux jeux vidéo ont davantage de chances d’être en meilleure santé mentale, un phénomène qui s’expliquerait par la dimension sociale des jeux multijoueurs.
«La première chose à faire, c’est d’en parler»
Face à ces constats, Karine Chevreul appelle à mieux sensibiliser les jeunes aux enjeux de santé mentale.
«Il faut éduquer les jeunes à leur santé mentale. Le nœud du problème, c’est de savoir quels sont les signes d’un mal-être et que faire pour aller bien. Certains vont vers des activités associatives, d’autres vont se tourner vers des jeux en ligne qui peuvent être une forme de socialisation, d’autres encore vont s’occuper d’animaux ou faire du sport».
Et surtout, ne pas rester seul face à ses difficultés. «Au-delà de la solitude, la première chose à faire, quand on se sent mal, c’est d’en parler à quelqu’un. C’est déjà une façon de le reconnaître soi-même. On a tous une santé mentale ! Et on est tous un jour moins en forme mentalement. Être fort, c’est reconnaître le fait que notre santé mentale est dégradée», conclut-elle.