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Etude Santé mentale : neuf jeunes sur dix supportent mal la pression à la réussite scolaire

A l’heure de la mobilisation lycéenne, les résultats d’une vaste étude annuelle sont édifiants. Parcoursup est fortement mis en cause. Les filles sont particulièrement exposées au risque de «détresse psychologique».

Une proportion alarmante. Neuf jeunes sur dix ressentent une pression à la réussite scolaire pouvant conduire à une vraie détresse psychologique, montre une vaste enquête, pointant une diminution du bien-être mental qui débute au collège et s’accentue au lycée avec Parcoursup, dont le mouvement lycéen demande la refonte. La plateforme d’orientation post-bac cristallise le mécontentement des lycéens dont le mouvement s’est poursuivi jeudi, alors que la mobilisation lycéenne n’a pas faibli, ce jeudi 8 octobre.

Illustration de ces inquiétudes, par des témoignages recueillis par l’AFP ce jeudi. Parcoursup «est très stressant : on ne sait pas ce qu’on veut faire, on ne sait pas comment on est choisi dans les facs», se désole Nils Guerin, 16 ans, dans un blocage de lycée à Créon, près de Bordeaux. «On vit dans un système scolaire qui nous met constamment sous la pression, sous le stress : Parcoursup, c’est là juste pour nous enterrer», s’alarme Pierre, 18 ans, élève en terminale STMG dans le très sélectif lycée public parisien Henri IV.

Trouble psychique

Jugée opaque et discriminatoire par les jeunes, la plateforme est de fait associée à «une forte diminution» de leur bien-être mental pour les 70 % qu’elle stresse, attestent les derniers résultats de l’étude Mentalo menée depuis 2024 par des chercheurs de l’Inserm et l’université Paris-Cité, qui interrogent régulièrement 20 000 jeunes âgés de 11 à 24 ans sur leur santé mentale. Publiés jeudi 8 octobre, ces travaux explorent deux axes : le ressenti psychique (du bien-être au mal-être) et, au plan médical, la présence d’un trouble psychique. Ce dernier est estimé par un risque de détresse psychologique de type anxio-dépressive, via un questionnaire standard de référence. Des entretiens sur le terrain sont également réalisés.

Il en ressort depuis 2024, que seul un jeune sur deux dit «se sentir bien mentalement» et que les filles vont deux fois moins bien que les garçons, en particulier au lycée, un moment de vulnérabilité important.

Invités à pointer la cause de leur mal-être, les jeunes désignent d’emblée la scolarité : ceux qui se disent «préoccupés par les notes, leur orientation» ont «trois fois plus de risque d’être atteints de détresse psychologique modérée à sévère», dit à l’AFP Karine Chevreul, directrice du projet Mentalo et professeure de santé publique.

Car chez les jeunes, la santé mentale est très liée à leur perception de la réussite scolaire : ce facteur devance les relations avec l’entourage (famille, amis, relation amoureuse…), constatent les chercheurs.

Or neuf jeunes sur dix rapportent une «pression à la réussite». Pour près d’un sur deux, elle est «très forte» et chez les lycéennes et les étudiantes, cette pression est maximale. «Et plus ils avancent en âge, plus leur bien-être mental diminue», Karine Chevreul.

Climat de compétition

Pour le sociologue Olivier Galland, directeur de recherche émérite au CNRS, «la compétition scolaire de plus en plus intense […] avec 80 % d’élèves au niveau du bac, génère de l’anxiété et la crainte, chez une partie des jeunes, d’être relégués, déclassés ou mis de côté». «Ce qui cristallise ça, c’est Parcoursup : une espèce de monstre froid qui classe les jeunes et donne un contenu concret et assez implacable à cette compétition scolaire», dit-il à l’AFP.

L’enquête montre qu’entre 2024 et 2026 apparaît une dégradation de la santé mentale des collégiens, en particulier pour les filles, qui doit être «analysée au regard de l’augmentation de la pression à la réussite scolaire observée» également dans cette tranche d’âge, disent les chercheurs.

Le logiciel de gestion de vie scolaire Pronote, qui donne une connaissance immédiate «de chaque note et de la position de l’élève par rapport aux autres» instaure un climat de compétition permanente, «hyperstressant», relève Karine Chevreul.

Autre source de vulnérabilité : le sentiment de solitude, éprouvé par 4 jeunes sur 10, a été accentué par la réforme Blanquer de 2019 qui a remplacé les filières L, ES et S par des choix de spécialités, constate-t-elle. «Dès la classe de première, faute de groupe de classe, ils ne connaissent parfois plus leurs camarades : la solidarité ne se crée pas.» De quoi inspirer l’actuel ministre de l’Education. Et tous ceux qui vont lui succéder.

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