Santé mentale : 87% des jeunes ressentent une pression à la réussite scolaire
La santé mentale des jeunes de 11 à 24 ans est notamment conditionnée par leur scolarité et leur usage des écrans, selon l’étude Mentalo parue en octobre 2026. Elle se dégrade au lycée, notamment chez les filles.

La santé mentale des 11-24 ans ne s’améliore pas. C’est ce qui ressort de l’étude Mentalo, publiée ce 8 octobre, qui a sondé 20.000 jeunes depuis mai 2024. Deux axes ont été étudiés. D’une part, l’axe du ressenti psychique : du bien-être au mal-être et inversement. Et d’autre part l’axe médical, c’est-à-dire la présence d’un trouble psychique.
Concernant le ressenti psychique, près de la moitié des jeunes interrogés se sentent bien ou très bien mentalement. Ces résultats varient cependant selon les moyens financiers de la famille, l’âge et le genre du répondant.
Ainsi, un quart des jeunes des familles en difficulté se sentent mal, contre 10,5% des jeunes des familles aisées. Si 60% des garçons se sentent bien voire très bien, seuls 40% des filles et 20% des non-binaires se déclarent de même.
« Les filles sont souvent plus touchées par la pression à la réussite. Elles sont aussi très stressées par leur orientation et la compétition induite par Parcoursup », explique Karine Chevreul, directrice du projet Mentalo.
Le mal-être augmente au lycée
De façon générale, les répondants se sentent de moins en moins bien au fur et à mesure qu’ils avancent en âge. L’âge du lycée constitue un véritable tournant puisque près de deux tiers des collégiens disent aller bien (63%) voire très bien, quand ce chiffre est réduit à la moitié des lycéens (50%). Il diminue encore graduellement chez les jeunes adultes, les étudiants et jeunes travailleurs déclarant aller mieux (44%) que les jeunes adultes sans activité (30%).
« Le lycée est un âge charnière. C’est à ce moment-là que naissent les préoccupations par rapport à l’avenir, au bac, à ce qu’ils vont faire plus tard… C’est aussi un âge où on développe la personne qu’on va être, on socialise et on se compare aux autres. Alors que les groupes se créent, de nombreux lycéens souffrent de solitude », pointe Karine Chevreul.
L’étude Mentalo note par ailleurs une détérioration du bien-être mental des jeunes dans le temps. En juin 2024, près de six jeunes sur dix se sentaient « bien », voire « très bien ». Deux ans plus tard, ils sont moins de quatre sur dix.

Deux tiers des jeunes présentent un risque de détresse psychologique
Du côté de l’axe médical, les résultats sont plus inquiétants. Deux tiers des jeunes présentent un risque de détresse psychologique anxio-dépressive et près d’un tiers un risque de détresse modérée ou sévère.
Là encore, les filles sont deux fois plus touchées par un risque de détresse anxio-dépressive. En effet, il est présent chez près d’un quart des garçons contre presque la moitié des filles et deux tiers des non-binaires.
Avant même de réaliser qu’on ne va pas bien, certaines actions peuvent alerter : manger plus, se mettre en retrait, sortir moins ou voir moins ses amis
Karine Chevreul, directrice du projet Mentalo
Un chiffre qui explose lors du passage au lycée. Chez les garçons, la fréquence du risque modéré à sévère de détresse passe de 10% à 23%. Il atteint même 44% chez les filles, et 68% pour les non-binaires au lycée.
Par ailleurs, près d’un tiers des jeunes issus de familles connaissant des difficultés financières présentent un risque de détresse de type anxiété
La scolarité, premier facteur de la santé mentale
La pression à la réussite a notamment un impact sur leur bien-être, selon l’étude. Ainsi, 73% des répondants se sentent préoccupés et 87% ressentent une pression à la réussite. Ils sont par ailleurs 60% à être stressés par la façon dont est décidée leur orientation scolaire. Une proportion qui grimpe à 78% chez les filles.
Les relations avec l’entourage peuvent aussi influer sur la santé mentale des jeunes. Un événement en lien avec les amis est en cause dans 36% des cas de détérioration et 21% des cas d’amélioration. Les événements liés aux parents représentent respectivement 23% et 17,5% des cas. La relation amoureuse et l’actualité sont également des facteurs importants.

L’usage des écrans altère la santé mentale
Mentalo a par ailleurs mené une étude complémentaire sur près de 8.500 jeunes afin de mesurer l’impact des écrans. « Il existe une relation particulièrement nette entre la dose d’écran et le risque d’altération du niveau de santé mentale. Par ailleurs, plus les utilisateurs sont jeunes, plus cet effet est important », souligne l’étude.
Se dire dépendant aux réseaux sociaux (21%) ressort comme la forme d’usage problématique la plus fortement associée à une mauvaise santé mentale, augmentant le risque de présenter une détresse modérée ou sévère de 50%. Le sentiment de dépendance à la pornographie (10%) augmente ce risque dans les mêmes proportions.
En revanche, se dire dépendant aux jeux vidéo est associé à 25% de plus de chances d’être en meilleure santé mentale.
Enfin, l’utilisation fréquente ou très fréquente des écrans au moment du coucher (après 22h et 20h pour les collégiens) est, elle aussi, associée à un risque plus important de détresse, potentiellement expliquée par la quantité ou la qualité du sommeil.
Éduquer à la santé mentale
Pour Karine Chevreul, plusieurs solutions existent pour améliorer la santé mentale des jeunes. « Il faut les éduquer à la santé mentale. Par exemple, leur faire comprendre les signes qui montrent que leur santé mentale se dégrade ou s’améliore. Cela manque énormément dans notre système », souligne-t-elle. Ainsi avant même de réaliser qu’on ne va pas bien, certaines actions peuvent alerter : manger plus, se mettre en retrait, sortir moins ou voir moins ses amis.
Mentalo prévoit par ailleurs de lancer en début d’année prochaine une application qui permettra de faire le point sur sa santé mentale. « Ils pourront reconnaître si une relation amicale est saine ou pas, et comment y mettre fin. Ou bien détecter les évènements familiaux qui atteignent la santé mentale et apprendre à les gérer », illustre Karine Chevreul.