Mouvement lycéen : « La réforme du bac a eu des effets néfastes sur l’avenir des jeunes »
Courrier des lectrices et des lecteurs. « En dehors des débats sur l’impact social et sur l’égalité des chances de la réforme Blanquer, c’est d’abord son influence sur la vie quotidienne des lycéens entre 16 et 18 ans que je veux souligner. »

Dans le cadre de notre rubrique « Courrier des lectrices et des lecteurs », Monique Sorel (Manche) présente ses arguments en faveur du mouvement lycéen, face aux conséquences de la réforme du lycée impulsée par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale de 2017 à 2022 :
« Après avoir lu ce que la Dr Karine Chevreul (médecin en santé publique et directrice de l’étude Mentalo sur le bien-être mental des 11-24 ans) disait de l’impact de la réforme Blanquer du lycée et du bac sur le mal-être de nos jeunes (Ouest-France du 13 octobre, pages France), je voudrais abonder dans son sens.
En dehors des débats sur l’impact social et sur l’égalité des chances de cette réforme, c’est d’abord son influence sur la vie quotidienne des lycéens entre 16 et 18 ans que je veux souligner. En fin de seconde, donc dès 16 ans, un lycéen doit choisir trois « spécialités », autrement dit éliminer de son cursus l’étude sérieuse d’autres disciplines. Un pari précoce sur son avenir, source d’inquiétude et de déstabilisation tant pour le jeune concerné que pour ses parents.
« Fini le groupe de classe »
Il n’y a pas besoin d’être fort en probabilités pour imaginer que la combinaison de ces trois options, différentes pour chacun d’eux, entraîne une grande diversité des emplois du temps pour les élèves d’un même niveau. Conséquence : en première et en terminale, fini le groupe de classe, lieu où pouvaient se nouer des amitiés et solidarités durables et essentielles pour l’avenir. Deuxième source de déstabilisation.
Pas besoin, de plus, d’être fort en maths pour comprendre que le nombre de professeurs intervenant dans une même classe est, par conséquent, devenu excessif. Les lycéens ne bénéficient plus de l’équipe resserrée capable de les encadrer et de les guider. Troisième source de difficulté.
Pas besoin encore d’être fort en maths pour comprendre pourquoi, malgré l’habileté des proviseurs, les emplois du temps sont très étalés, qu’ils comprennent des « trous » et que, pour un même élève, l’amplitude de présence est grande tous les jours. Difficile de penser qu’il ne s’agit pas là d’un écueil supplémentaire notable.
« Comment un jeune pourra-t-il se réorienter ? »
Il arrive même que les cours doivent être placés le mercredi après-midi au détriment de l’association sportive, dont un des buts est « l’éducation à la citoyenneté par l’apprentissage de la vie associative ».
Un exemple enfin pour illustrer ce que cette réforme peut avoir de néfaste sur l’avenir d’un jeune. Dans la perspective d’études médicales, choisir « sciences et vie de la terre » (SVT) et « physique chimie » s’impose en terminale, au détriment d’une formation sérieuse en mathématiques. Comment un jeune, ayant fait ce choix et s’apercevant en première année d’études supérieures que ça ne convient pas, pourra-t-il se réorienter vers les études d’ingénieur avec un déficit de formation en mathématiques ?
Réformer Parcoursup est sans doute nécessaire mais ne résoudra aucun des problèmes soulevés précédemment. »